Modernisation et nouvelles formes de mobilisation sociale. Volume I : Égypte-Brésil (1970-1989)

Pourquoi sommes-nous si fascinés par les mouvements communautaires, pourquoi éprouvons-nous le besoin pressant de les constituer en objet, et peut-être même en catégorie centrale de l’analyse sociologique ? La réponse est certainement liée à un constat historique : partout, dans le monde, nous assistons à l’essor de luttes qui mettent en déroute ce qui pouvait nous rester encore d’illusion évolutionniste. Longtemps, la sociologie a été dominée par l’idée d’un progrès général de l’histoire, dont le mouvement d’ensemble faisait passer les collectivités humaines, tôt ou tard, du stade de la communauté à celui de la société. Tönnies, Durkheim ou Max Weber, puis la plupart des autres fonctionnalistes ont cru dans cette marche où s’opérait le triomphe de la Gesellschaft sur la Gemeinschaft, le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique, le désenchantement du monde ou encore l’avancée des sociétés, à la queue leu leu, sur les rails du progrès, de l’industrialisation et de la démocratie. Cette grande marche n’était pas nécessairement harmonieuse, et ne laissait pas d’inquiéter ces mêmes sociologues, qui s’interrogeaient, parfois anxieux, sur les risques d’anomie et de décomposition sociale ou sur « la cage de fer » dont parle Max Weber. Mais l’inquiétude ne portait assurément pas sur la réalité massive que nous découvrons, ou redécouvrons : la poussée de mouvements qui semblent, à première vue, emprunter un chemin qui inverse le cours de l’histoire et aller dans le sens d’un retour à des sociétés communautaires.

Book details

Publication date
June 29, 2015
Publisher
Collection
ISBN
9782905838605
Paper ISBN
9782905838223
File size
1.66 MB